Bonjour Osvaldo, peux-tu te présenter ?
Mon nom est Osvaldo Medina. Je suis né en Angola en 73 et je suis arrivé au Portugal en 1975. J’y ai fait toutes mes études. Je vis aujourd’hui à Lisbonne.
J’ai commencé ma vie professionnelle en 1997 comme animateur pour des courts métrages et des dessins animés. Je fais aussi du storyboard et de l’illustration mais ma grande passion, c’est la bande dessinée.
Quand as-tu commencé la bande dessinée ?
Ma première collaboration avec un scénariste date de 2009 pour la BD Fórmula da Felicidade 1, (la formule du bonheur). Depuis j’ai participé à 11 albums avec des scénaristes portugais et j’en ai fait trois en solo.
Fojo, mon roman graphique est la première BD que je vais sortir en France… Je suis super content parce que la BD française a toujours été une référence pour moi et le marché français est vraiment énorme par rapport au marché portugais. Je suis vraiment très fier de pouvoir être édité en France.


Est-ce que tu peux nous raconter Fojo, c’est quoi l’histoire ?
Fojo, c’est l’histoire d’un village isolé dans le nord du Portugal pendant l’entre-deux guerres.
On est en plein hiver et le village est cerné par les loups… Quand les habitants découvrent le corps inanimé d’une jeune femme, ils pensent bien sur que c’est l’oeuvre des loups mais rapidement une deuxième corps est retrouvé… ce qui brouille les pistes. Dans cette histoire, je prend le village comme une métaphore de la société portugaise de l’époque qui était soumise au pouvoir de l’Église, aux superstitions et à la dictature. Ces forces vont s’affronter jusqu’au dénouement de la tragédie qui touche le village. A travers ce récit, je convoque aussi les fantômes de la première guerre mondiale à laquelle le Portugal a participé alors qu’il n’a pas participé à la deuxième.
Comment t’es venu l’idée de cette histoire ?
J’avais l’habitude de passer mes vacances d’été dans le nord du Portugal. Et une fois j’ai visité ce qu’on appelle un fojo, c’est un grand piège constitué de deux longs murs en forme de V. Il était utilisé par les chasseurs pour piéger les ours et les loups. Bien sûr maintenant c’est interdit mais jusqu’aux années 80 c’était une pratique très courante et c’est surement ce qui a amené à l’extinction des loups au Portugal. Et donc quand j’ai vu ce piège pour la première fois avec deux murs en V d’une centaine de mètres de long, je me suis imaginé qu’il pourrait servir à piéger non pas un loup mais une personne. Au départ, c’était juste une idée comme ça mais ça a fini en une histoire de 13O planches.
Quand tu étais enfant tu étais déjà passionné par le dessin ou la BD ?
En fait je suis né en Angola et mes parents ont constitué là-bas une grande collection de BD…Curieusement à l’époque il était plus facile de se procurer des bandes dessinées en Angola et en plus le niveau de vie y était supérieur… parce qu’à cette époque au Portugal c’était la dictature. Quand on est parti d’Angola pour s’installer au Portugal en 1975 , les BD ont voyagé avec nous. Et tout petit j’ai commencé à regarder les images de ces BD françaises et belges bien avant de savoir lire. Il y avait tous les classiques : Astérix, Tintin, Lucky Luke… mais mon préféré, c’était Spirou et Fantasio. C’est pour moi une grande référence de la BD française dessinée par un grand maître, Franquin !
Et c’est là que tu as commencé à dessiner ?
Tout petit, j’ai commencé à essayer de copier ce que je voyais dans les BD. Quand mes parents et mon entourage ont vu que j’aimais beaucoup dessiner… ils m’ont poussé à continuer, ils m’ont toujours fourni du papier, des crayons… Quand je dessinais, mes parents me disaient : “observe bien, regarde le requin ne ressemble pas exactement à ça, fais plutôt comme ça…”. IIs m’ont toujours poussé à observer les choses et je crois que c’est resté ancré en moi.


Quels sont les artistes qui t’ont inspiré ?
Il y a bien sûr des tonnes d’artistes qui m‘ont influencé d’une façon ou d’une autre… mais je crois qu’un de ceux qui m’a le plus influencé c’est Franquin. Pour moi, c’est vraiment un grand maître du dessin et de la façon de raconter une histoire par le dessin. Un autre auteur qui a eu une grande influence sur moi, c’est Mike Mignola, le créateur de Hellboy. J’adore sa façon d’utiliser le contraste, d’être capable de faire des pages presque totalement noires avec seulement un petit personnage sur la page et que ça raconte quand même quelque chose. En terme d’élégance du trait, j’ai envie de parler d’un artiste japonais. Bien que je ne sois pas un grand fan de manga, Hiroyuki Samura, le créateur de L’habitant de l’infini est vraiment une référence pour moi.
Dans les influences que tu cites, on sent une préférence pour le noir et blanc…
Dans mes bandes dessinées je ne contrôle pas autant la couleur que je contrôle le dessin…
Je fais mes BD en noir et blanc, surtout parce que j’aime ça, vraiment. Peut-être aussi parce que j’en ai lu beaucoup quand j’étais jeune. J’aime aussi la photographie en noir et blanc, mais surtout, c’est une façon de reconnaître que je ne maîtrise pas la couleur aussi bien que le dessin. C’est pourquoi toutes mes BD sont en noir et blanc. Et quand elles sont colorées, c’est toujours quelqu’un d’autre qui s’en charge, comme pour dire que je suis moins à l’aise avec la couleur qu’avec le dessin.
Avec quoi tu dessines, tu t’y prends comment ?
Pour faire mes BD, j’utilise une tablette graphique et le logiciel Sketchbook, que j’adore utiliser pour le dessin. C’est celui qui me procure le plus de plaisir. Ce choix est à la fois lié au fait que je sois animateur et que c’est mon outil de travail quotidien et aussi lié au temps que j’ai pour dessiner. Comme je ne suis pas dessinateur de BD professionnel, je fais mes BD après le dîner, le week-end….
C’est plus facile de résoudre les problèmes sur une tablette , non ? Quand on dessine sur papier, si on a un personnage et qu’on se rend compte qu’il est peut-être trop grand, il faut réduire, réduire encore, et il faut tout refaire, hein ? Mais quand on utilise une tablette graphique… On déplace, on réduit, on inverse, on agrandit… du coup c’est toujours très facile de résoudre les problèmes.
Un dernier mot ?
J’espère que vous aimerez Fojo !
Interview réalisée par Philippe Alleaume.







